dilluns, 29 d’agost de 2016

L’hôpital Varsovie, symbole de l’exil républicain espagnol à Toulouse.


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Cet hôpital, aujourd’hui Joseph-Ducuing, a été créé à l’automne 1944 afin de soigner les blessés des unités de guérilleros, puis après-guerre, l’ensemble des réfugiés espagnols.

Publié le : 07/08/2016 à 08:26
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Le personnel soignant de l'hôpital Varsovie (Photo : Serge Torrubia)
Toulouse, « capitale de l’exil républicain espagnol ». Dans les méandres de cette mémoire singulière, une plaque sur la façade de l’hôpital Joseph-Ducuing rappelle la contribution des guérilleros républicains espagnols à la fondation de l’établissement.
Là, en septembre 1944, au 15 de la rue Varsovie, petite artère du quartier de Saint-Cyprien, l’état-major des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) de la cinquième région militaire réquisitionne pour l’Agrupación de Guerrilleros Españoles (AGE) (Groupement de Guérilleros espagnols) un château. La bâtisse, repérée quelques semaines auparavant par Pierre Bertaux, le commissaire de la République de la région militaire de Toulouse, est transformée en hôpital militaire pour recueillir les blessés de la « Reconquista de España ».
Mais cette opération, décidée par l’état-major de l’AGE, ne bénéficie d’aucune aide extérieure. Dès la mi-octobre, l’invasion du Val d’Aran, préparée par le Parti communiste espagnol (PCE), est annihilée par les forces franquistes.
À l’hôpital Varsovie, le service de santé des armées offre une logistique de premier secours et les familles du quartier apportent draps et couvertures. Les premières admissions concernent les guérilleros du front et les anciens résistants issus des rangs FFI et MOI (Main d’œuvre Immigrée). En annexe, sur le cours Dillon, les réfugiés et les prisonniers évadés d’Espagne sont accueillis dans un premier dispensaire de fortune, au milieu de baraques et de tentes.
Une ambulance devant l’entrée de l’hôpital de Varsovie (Photo : L’Andover-Harvard Theological Library, Cambridge, MA)
Une ambulance devant l’entrée de l’hôpital de Varsovie (Photo : L’Andover-Harvard Theological Library, Cambridge, MA)

Une solidarité internationale

À la démobilisation des forces de la Résistance, l’établissement devient un centre hospitalier civil, géré par l’Amicale des anciens FFI et résistants espagnols. Malgré l’exiguïté, on y aménage cinq salles d’hospitalisation, une de chirurgie, une pharmacie-laboratoire et un réfectoire. Les soins, gratuits, sont dispensés à la communauté républicaine espagnole.
Les médecins de l’établissement ont recours à la récente loi Billoux qui les habilite à soigner leurs compatriotes dans des centres d’accueil reconnus. Josep Torrubia, Vicente Parra Bordetas, Francesc Bosch Fajarnès qui se succèdent à sa tête, tissent de profonds liens professionnels et amicaux avec d’autres praticiens de la ville. C’est le cas du professeur Joseph Ducuing, chirurgien en chef des Hôpitaux de Toulouse ou encore du docteur Stéphane Barsony, un ancien des Brigades Internationales, qui partagent avec eux une vision humaniste et sociale de la médecine.
À partir de 1946, cette empathie pour l’hôpital Varsovie, érigé en symbole antifasciste, fait naître un mouvement de solidarité internationale. De puissantes associations américaines, comme l’Unitarian Service Committee (USC) ou la Joint Antifascist Refugee Committee (JARC) (Comité mixte des réfugiés antifascistes) et son prestigieux comité de soutiens, parmi lesquels Eleanor Roosevelt, Pablo Picasso ou encore Albert Einstein, allouent dons et matériels (matériel de stérilisation, nouveau bloc chirurgical, nouveau dispensaire entre autres) à la « cause varsovienne ».
A l’intérieur, Juan Ruiz de la Guardia y soigne un malade. (Photo : L’Andover-Harvard Theological Library, Cambridge, MA)
A l’intérieur, Juan Ruiz de la Guardia y soigne un malade. (Photo : L’Andover-Harvard Theological Library, Cambridge, MA)

L’opération Boléro-Paprika

Mais dans ce contexte de guerre froide, le climat politique s’assombrit vite. Outre-Atlantique, le Comité d’activités anti-américaines dirigé par le sénateur McCarthy interdit en 1949 à la JARC d’aider l’hôpital. 
La même année, Pelletier, le préfet de Toulouse, suspecte en particulier le Docteur Bosch Fajarnès d’être un agent de la branche espagnole du Kominform (organisation chargée du contrôle politique des partis communistes).
Le 7 septembre 1950, dans le cadre de l’opération Boléro-Paprika menée par le ministère de l’Intérieur, 300 communistes étrangers sont arrêtés sur le territoire hexagonal, dont les médecins de Varsovie. Passée l’onde de choc, l’activité médicale reprend rapidement autour de Joseph Ducuing et de l’association des Amis de la Médecine sociale.
Pour aller plus loin
Si vous souhaitez en savoir davantage sur cet épisode historique, il est conseillé de lire l’ouvrage coordonné par Alvar Martinez Vidal, L’hôpital Varsovie, exil, médecine et résistance (1944-1950), avec le soutien du Museum d’histoire de la médecine et du Mémorial démocratique de Catalogne, Loubatières, 2011. 
Il est accompagné d’un film DVD qui présente Spain in Exile, sous-titré en français, espagnol et catalan, réalisé en 1946 à la demande du Joint Anti-Fascist Refugee Committe. Les séquences relatives à l’hôpital Varsovie montrent le personnel qui accueille les Espagnols rescapés des camps nazis.
Infos pratiques :
Hôpital Joseph-Ducuing
15, rue de Varsovie à Toulouse
L’établissement est ouvert du lundi au vendredi de 7 h 30 à 19 h
Tél. : 05 61 77 34 00
Numéro d’urgence 24/24 : 05 61 77 34 44 et d’urgences maternité : 05 61 77 34 87.
Site internet : www.hjd.asso.fr 
Métro Saint-Cyprien-République (ligne A)
Mathieu Arnal